Au Départ
A l’été 2024, le britannique Alan Leggett – connu sous le pseudo Active Patriot – franchit la Manche avec deux comparses pour filmer et harceler les personnes exilées en attente de passage. Depuis 2020 et la crise du covid, Leggett est connu pour son virulent militantisme anti-exilé.es et ses patrouilles sur la côte anglaise, du côté de Douvres notamment.
Courant 2025, le néo-nazi Nick Tenconi – leader du parti d’extrême-droite UKIP – organise des expéditions punitives sur les côtes du nord de la France en compagnie de ses sbires afin de médiatiser sa haine des personnes exilées.
Mi-novembre 2025, Daniel Thomas, Ryan Bridge et Eliott Stanley se retrouvent dans un pub d’Angleterre, réunis par leur racisme et leur islamophobie. Bien mal inspirés par les sorties de Tenconi, ils décident de reproduire la démarche et de passer une vitesse.
Fin novembre 2025, un groupe de « patriotes » britanniques menés par les fascistes de Raise The Colours et Thomas débarque à Gravelines, déterminés selon eux à stopper totalement et définitivement les traversées migratoires de la Manche. C’est le début d’une série d’incursions racistes en provenance d’Outre-Manche sur les côtes du Nord et du Pas-de-Calais, baptisée Operation Overlord1.
Operation Overlord, Phase 1
A partir de là, les aller-retours sur la côte française et dans les terres se multiplient. Une descente à Paris est également organisée afin de harceler les personnes supposées exilées sur leurs lieux de vie. Participent à ces expéditions des « patriotes », des hooligans, des personnalités de la fachosphère.
Sur les plages de la côte et à Calais, les rastons invectivent, malmènent et agressent. Vêtus à la manière de miliciens (vestes anti-couteaux, caméras thermiques, talkies…) ils sabotent des embarcations pneumatiques, détruisent du matériel, filment à l’insu des personnes ou contre leur gré. Ils se font parfois passer pour des journalistes pour tromper la confiance des gent.es.
Parallèlement, ils communiquent en ligne quotidiennement, épousent une réthorique complotiste, mentent, relaient de fausses informations. Ils se filment tendant des drapeaux nationalistes, mettent en scène la destruction de canots ou le vol de vivres.
En décembre 2025, les fachos sont arrêtés et brièvement détenus par les flics français, avant d’être renvoyés à la frontière. Lors de leur suivante incursion à l’occasion d’une fenêtre de passage, ils seront contrôlés au poste-frontière, surveillés puis interpellés à 4h du matin, après avoir échoué à agresser qui que ce soit. Ce sera leur dernier raid de l’année.
Operation Overlord, Phase 2
Vient ensuite la phase 2 de l’ « Opération Overlord » : le recrutement massif, la phase 1 étant rétrospectivement requalifiée comme test et opération de communication. RTC revendique alors 20 000 inscriptions à leur mailing list.
Le recrutement vise exclusivement des hommes2 britanniques, « patriotes » bien entendu, préfèrentiellement avec une expérience militaire ou para-militaire. La phase entend d’ailleurs épouser une logique d’organisation de type militaire. Aucun recrutement ne se fera selon eux sans rencontre IRL, afin de filtrer les « gauchistes » et les médias.
La Scission
Le 14 janvier 2026, un communiqué de presse émis par le ministère de l’intérieur français fait état d’une interdiction administrative de territoire pour 10 militants britanniques affiliés à RTC. Cette décision, s’ajoutant à diverses accusations de magouilles et de divergences tactiques, précipite une scission conflictuelle entre RTC et Danny Tommo.
D’un côté, RTC prône la construction méthodique d’un mouvement à long-terme, et entame le tri de plusieurs miliers de candidatures à la campagne de recrutement de l’Operation Overlord. Le début des manoeuvres est estimé à l’été 2026.
De l’autre, Tommo invoque la nécessité d’une réaction immédiate aux mesures d’interdiction de territoire et convoque la crème de la fascisterie britannique à Douvres le 24 janvier, afin de mener des opérations de visibilisation et d’agitation le long de la côté française le jour même ainsi que le lendemain.
Après plusieurs semaines d’agitation quotidienne, le grand débarquement anglo-saxon fait pschitt. Sur les milliers de vaillants patriotes attendus, moins d’une vingtaine sera effectivement au rendez-vous.
Danny Tommo est passé par la Belgique ; il rejoint une petite quinzaine de fidèles à la frontière franco-belge, prend quelques photos et vidéos sur la plage et repart. L’ « Opération Overlord » n’aura été rien d’autre qu’une opération de communication personnelle et de propagande politique. Tommo ne répondra même pas aux messages de racistes de sa base qui avaient pris son appel au sérieux.
Le samedi, quelques bandes isolées font des aller-retours entre Calais et Dunkerque, avant de repartir en Angleterre ou dans leur AirBnB. Le dimanche 25 janvier, seuls quelques très rares petits groupes continuent à patrouiller sans but. Deux rastons sont arrêtés à l’occasion d’un livestream à Calais et placés en centre de rétention.
Les forces anti-fascistes auront, elles, été au rendez-vous. Plus de 150 personnes répondent présent et resteront vigilantes tout le week-end malgré la surveillance et les contrôles de la police, bien moins préoccupée par les racistes qui auront pû prendre le ferry ou la navette en toute tranquillité. Ce sera l’occasion d’un parloir sauvage au centre de rétention de Coquelles.
Côté anglais, le grand sursaut national qui devait se produire à Douvres n’a pas lieu. Une manifestation chétive, encadrée par la police, se rend devant le centre d’accueil de personnes exilées (alors vide), fait le piquet quelques temps avant de se disperser.
Reflux Britannique et Agitation Hexagonale
Leur opération de com’ (modérément) réussie, Tommo et ses nervis rentrent au Royaume-Uni et ferment au moins pour un temps la page française. Ils font la tournée des églises, grattent du buzz sur la fuite à l’étranger de Tommy Robinson, soi-disant menacé de mort par des islamistes – en réalité en pleine tournée de l’internationale fasciste en jet privé. On entend peu parler de la frontière, hormis pour dire qu’à nouveau « quelque chose de grand » se prépare, cette fois dans le plus grand secret, à l’abri des réseaux.
Côté RTC, les communications se font rares, hormis pour vendre des sweat-shirts et des mugs et narrer les aventures de Ryan Bridge parti purger ses pulsions expéditionnaires auprès des talibans en Afghanistan.
En France en revanche, les opérations publicitaires d’Outre-Manche font des émules. Le 7 février 2026, le groupe d’influenceurs Citoyens Patriotes, en tournée nationale, fait une escale à Lille. Le rassemblement de nationalistes qui en découle est co-organisé par les néo-fascistes de Nouvelle Droite, que l’on sait attentifs aux expéditions racistes à la frontière. Le 8 février 2026, un trio détaché des Citoyens Patriotes se rend à Calais pour réaliser un « reportage », dans la directe lignée des opérations de propagande britanniques.
- Operation Overlord est une référence au nom de code de la bataille de Normandie, qui débute par le débarquement des forces alliées sur les plages normandes en juin 1944. ↩︎
- Les meneurs, dans une logique viriliste et masculiniste très pregnante dans leurs communications, revendiquent ne vouloir faire appel qu’à des hommes (cisgenres bien entendu), invoquant la « protection des femmes et des enfants » comme le moteur de leur action. A la limite envisagent-ils la participation de femmes pour des tâches subalternes, comme trier les mails et compiler les données. ↩︎