« Reporters » fascistes à Calais : le remake franchouillard


On savait les fachos britanniques adeptes de la médiatisation à outrance de leurs expéditions racistes, que ce soit pour servir leur campagne politique personnelle ou essaimer leur idéologie nauséabonde. Le 8 février 2026, au lendemain du rassemblement nationaliste des Citoyens Patriotes à Lille, un trio de tintins prenait la direction de Calais pour y filmer une bien médiocre vidéo.

Les informations utiles sur la vidéo et ses auteurs sont en fin d’article.

L’utilisation des images filmées et diffusées sur les réseaux est consubstantielle aux mouvements contre les exilé.es au Royaume-Uni. Dès 2020, Alan Leggett aka Active Patriot patrouille la frontière anglaise armé de matériel vidéo, avant d’aller filmer directement côté français en 2024. Ses vidéos trouvent beaucoup d’écho dans la Grande-Bretagne nationaliste post-Brexit.

LEGGETT

Côté britannique, on voit ainsi pulluler un nombre conséquent de « patriotes vigilants » équipés de caméras et stabilisateurs (téléphones et selfie-sticks pour les versions fauchées) dans les rassemblement devant les hôtels ou centres accueillant des personnes exilées ou dans les manifestations nationalistes. Parfois, ces individus isolés agrémentent leurs pseudonymes du terme audits. Les appels aux dons ne sont jamais très loin.

UN PATRIOTE VIGILANT QUI FILME UN PATRIOTE VIGILANT QUI FILME UN PATRIOTE VIGILANT QUI FILME UN PATRIOTE VIGILANT QUI FILME UN PATRIOTE VIGILANT QUI FILME UN PATRIOTE VIGILANT

D’autres, à l’instar du youtubeur Jack Reports, diffusent 24h/24 des streams de surveillance du littoral français et collectent les moments où ils pensent apercevoir des personnes exilées ou des tentatives de traversée.

LIVESTREAM DE JACKREPORTS

C’est à l’occasion d’un long livestream dans lequel le youtubeur Reece Grant se filme déambulant sur la côte française à la recherche d’exilé.es que ce dernier se fait arrêter le 25 janvier, le lendemain de « l’opération Overlord » .

A la suite de Leggett, des équipées médiatiques sont régulièrement menées sur le littoral français, soit spécifiquement pour filmer la frontière, les personnes exilées et les zones de vie dans une perspective pseudo-journalistique 2, soit en soutien d’une opération de propagande politique ou idéologique.

Le « reportage » à Calais ou Dunkerque devient alors un passage incontournable de qui se prétend une figure importante de la droite remigrationiste. Il a valeur de fait d’armes attribué à qui traverse la Manche pour filmer la plage, les dunes, les lieux de vie, les villes, les personnes exilé.es, les associations ou personnes en lutte contre la frontière. Il adopte tantôt des postures faussement bienveillantes, trompant des individu.es de bonne foi, tantôt des postures ouvertement hostiles, parfois passant de l’une à l’autre.

Quelques exemples des différents propagandistes croisés à la frontière :

  • les idéologues et partisans politiques : l’excursion de juin 2025 de Nick Tenconi
  • les « stop the boats » : Raise the colours et Danny Tommo, bien entendu
  • les pseudo-journalistes : James Harvey ou Callum Smiles pour Vox Populi, Montgomery Toms
  • les influenceurs : BB_Media, Lord Rob et OnlyTony
  • les « loups solitaires » : Ross the Don se balade sur la plage, Reece Grant dans les rues calaisiennes, moins dans une optique de « reportage » néanmoins que de « vigilance/surveillance » à la frontière.

Souvent, qu’il s’agisse de prétendus journalistes ou d’influenceurs de l’extrême-droite, le reportage à la frontière est un sujet parmi d’autres (les manifestations nationalistes, les campagnes de « drapotage », les faits-divers ou au contraire la couverture réactionnaire de manifestations antifascistes, LGBT…).

Il a existé par le passé plusieurs occurences « d’enquêtes » racistes sur le littoral mais ces derniers mois, nos fafs locaux semblent plus directement s’inspirer de leurs homologues britanniques. Certains groupes comme Nouvelle Droite ou Les Normaux ont rejoint les britons à l’occasion de leurs incursions sur les plages françaises ou accompli des actions symboliques de soutien telles que des photos en groupe sur le littoral.

ACTION DE SOUTIEN MENEE PAR « LES NORMAUX »

Les actions consistant à couvrir les ponts d’autoroute de drapeaux nationaux au cours de l’année 2025 semblent également être inspirées des mouvements Raise The Colours au Royaume-Uni, ceux-ci ayant pour objectif de tapisser des villes entières de l’Union Jack (drapeau britannique) ou de la Croix de St-Georges (drapeau anglais).

Ainsi, la vidéo tournée le 8 février 2026 à Calais semble imiter le format des « reportages » britanniques les plus récents – hôtel, trajet, déambulation dans la ville, entretiens informels, recherche de lieux de vie, incursion sur les lieux de vie, conclusion dramatique. La vignette éclatée au sol est encore le signe d’une inspiration d’Outre-Manche.

Vignette de la vidéo de Benass

Imagerie IA éclatée produite par les britanniques

Le 7 février 2026, les fafluenceurs de Citoyens Patriotes organisent à Lille un « rassemblement patriote » (en fait une manifestation qui sera immobilisée par la préfecture). Ont fait le déplacement depuis la Bourgogne Benass, membre fondateur du collectif sus-nommé, et Snow Prod, son vidéaste attitré. Est également présent El Dictat0r, ambassadeur local des Citoyens Patriotes, qui est venu depuis Arras. Les trois mousquetaires profiteront alors de leur présence dans le Nord et des 585€3 récoltés sur Leetchi pour aller filmer un « reportage » éclaté à Calais dès le lendemain.

Le lendemain matin donc, Benass chiale dans sa chambre d’hôtel parce qu’il s’est fait grondé par des antifas (c’est le début de la vidéo). On le voit ensuite accompagné de Léo (El Dictat0r mais c’est à la fois chiant à écrire et parfaitement ridicule), au départ de l’Appart’hôtel Lille Grand Palais (19 rue Berthe Morisot), direction Calais dans une respectable Opel Agila essence blanche (enfin après avoir récupéré le caméraman qu’ils ont oublié sur le trottoir #miseenscène).

Benass et Léo sur le parking de l’Appart’hôtel Grand Palais

Les 16 minutes suivantes (la vidéo dure 42 minutes) sont consacrées à du chouinage anti-antifas sur l’A25. Très peu d’intérêt, mais on apprend quand même au passage que l’extrême-droite n’existe plus, donc ils ne peuvent pas être d’extrême-droite – d’où probablement les remerciements chalereux aux néo-identitaires de Nouvelle Droite, co-organisateurs du rassemblement de la veille, et aux fémo-nationalistes de Némésis, présentes lors de l’évènement.

Le trio arrive – enfin – à Calais et s’entretient immédiatement avec un passant qui les croyait en campagne politique. Ils posent des questions sur ce qu’ils imaginent être l’apocalypse migratoire calaisienne et se retrouvent bien emmerdés quand on leur répond que c’est une ville très calme et qu’il y a des initiatives solidaires qui fonctionnent bien. Et l’on s’aperçoit alors qu’ils cherchent désespéremment un angle d’attaque qui servirait un narratif catastrophiste et anti-exilé.es.

Et ce sera bien là le ressort de toute la vidéo, une torsion permanente de tout et son contraire du moment que ça sert un propos nationaliste, xénophobe et remigrationiste tout en se donnant une image humaine et compassionnelle : pile je gagne, face tu perds.

Exemples de dissonance cognitive (non-exhaustif) :

  • Les poubelles sont pas ramassées -> c’est déguelasse / Les poubelles sont ramassées -> c’est nos impôts qui paient
  • Ils sont partout, c’est hyper dangereux / On les trouve pas, c’est qu’on les a bien caché
  • C’est inhumain de vivre comme ça / Nique les associations et les collectifs qui améliorent les conditions de vie 4

Après avoir tourné en rond pendant des heures sans trouver personne, ils finissent enfin par dénicher un lieu de vie à Mardyck (à 30km à l’ouest de Calais, entre Dunkerque et le chantier de construction du CRA de Loon-Plage). Réellement terrifiés à l’idée de rencontrer des personnes exilées, ils traversent un lieu de distribution en voiture, ponctuant leur panique d’interprétations sensationnalistes du moindre sac-poubelle ainsi que de commentaires dégradants et déshumanisants. Ils n’auront adressé la parole à personne d’autre qu’un passant calaisien.

On s’arrête là pour la description de cette bien désagréable vidéo. Au final, ce « reportage » en immersion est un piètre pastiche des versions originales britanniques déjà pas bien réjouissantes, dont on peut supposer que les interdictions de territoire de leurs auteurs les a passées de mode prématurément. Il n’a été vu que quelques milliers de fois et n’a pas fait grand bruit.

Néanmoins, à l’instar des ses prédecesseurs d’Outre-Manche, il pourrait faire des émules et il est à redouter que la côte du Nord-Pas-de-Calais ne devienne une destination attrayante pour les entrepreneurs de la haine. Certains cochent déjà toutes les cases, comme le youtubeur Vincent Lapierre par exemple.

Vidéo de Vincent Lapierre

Benass

Benjamin (Jacques Michel) Assémat est un influenceur d’extrême-droite basé à proximité de Mâcon. Il est l’un des membres fondateurs des Citoyens Patriotes.

« Média patriote« , il se contente en réalité de faire du commentaire de faits-divers, s’emparant de toutes les infos de merde et fakenews qu’il puisse trouver (on imagine sur des torchons comme Valeurs actuelles ou Fdesouche et des réseaux de rastons), les tordant jusqu’à ce qu’ils soient adéquats à servir sa réthorique fasciste.
Il publie donc plusieurs fois par jour des vidéos courtes et indigeantes dans lesquelles il passe son temps à gueuler et à chouiner.

Mi-2025, il créé la société Partageons nos idées, socle institutionnel de son activité médiatique (lui permettant surtout d’encaisser les thunes).

Il est le fondateur et dirigeant de l’association Action Propriétaires Solidaires, dont la mission principale est de défendre les pauvres petits propriétaires contre les méchant.es squatteur.euses.

Il est également l’auteur de ce passionnant ouvrage (seulement 36€) :

El Dictat0r

Léo Lhermite est basé à Arras. Il se dit « Influenceur et Expert Stratégie Contenu Digital« . En réalité, il est surtout très occupé à dégueuler son racisme, son homophobie et dans l’ensemble ses idées d’extrême droitard quotidiennement sur tous les réseaux sociaux et médiatiques sur lesquels il parvient à créer un compte. Humoriste (très) raté, il utilise le format sketch comme triste excuse pour sa propagande fasciste.

Il est « Ambassadeur Citoyens Patriotes ».

Snow Prod

Julian Sittler est un vidéaste, lui aussi basé à proximité de Mâcon.

Entre deux vidéos de racelards, il réalise des photos et vidéos de mariage.

La vidéo à Calais n’est pas un traquenard ou une erreur de parcours, puisqu’il filmait déjà pour Assémat au printemps 2025 avec cette vidéo par exemple ou encore celle-ci ; vidéos qu’il met en avant sur ses réseaux personnels.

Il rappe également sous le pseudonyme de Snow.

  1. On parle ici essentiellement des « reportage » britanniques, qui ont inspiré par leur format et leur esthétique le reportage de Benass du 08 février dont nous parlons ici, mais il y a eu auparavant des « enquêtes » sur la côte menées par des fafs bien français, comme par exemple la vidéo de Frontières d’octobre 2024. Sans compter les reportages « officiels » de media généralistes qui n’en sont pas beaucoup moins racistes. ↩︎
  2. Nous ne sommes pas dupes du fait que toutes les prétentions journalistiques de l’extrême-droite ne sont que de vulgaires cache-misères d’une entreprise de propagande idéologique crasse ↩︎
  3. Dans la vidéo, Benass parle de 540€ ↩︎
  4. La première proposition n’a rien d’empathique ici, elle justifie pour eux la fermeture des frontières et la « remigration » – d’où l’animosité envers les aidant.es qui contreviennent à cet argumentaire ↩︎